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Usine de traitement des eaux usées de Saint-Mathieu-de-Rioux : mésentente entre la MRC et la Municipalité

durée 2 avril 2024 | 06h58
  • Lydia Barnabé-Roy
    Par Lydia Barnabé-Roy

    Journaliste de l'Initiative de journalisme local

    La réunion mensuelle du conseil de la Municipalité régionale de comté des Basques du 20 mars a mis en lumière une mésentente entre la MRC et la Municipalité de Saint-Mathieu-de-Rioux concernant l’usine de traitement des eaux usées. Le maire, Roger Martin, a révélé qu’une problématique majeure touche directement le lac. Il déplore un manque de collaboration de la MRC dans le dossier.

    Des analyses effectuées par l’Organisme des Bassins Versants du Nord-Est du Bas-Saint-Laurent (OBVNEBSL) près de l’usine de traitement des eaux usées gérée par la MRC, démontrent des taux de concentration non conformes aux normes du ministère de l’Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs en matière de phosphore, nitrite/nitrate et d’azote ammoniacal.

    D’après un rapport de l’OBVNEBSL, les résultats des plus récents tests échantillonnés en 2023, «le phosphore est régulièrement au-dessus de 0,02 mg/L soit le critère de qualité d’eau de surface pour les ruisseaux et les rivières proposé par le MELCCFP. […] Le phosphore total atteint 3,14mg/L en juillet 2023», soit une concentration 157 fois plus élevée que la norme. Des valeurs extrêmement hautes d’azote ammoniacal et de nitrite/nitrate ont aussi été découvertes.

    Indiquons que le lac Saint-Mathieu est en eutrophisation depuis plusieurs années, c’est-à-dire qu’il est trop riche en nutriments et accumule des sédiments. Ces caractéristiques favorisent la croissance abondante de plantes aquatiques, ce qui fait vieillir prématurément le lac.

    Ces données ont tôt fait d’inquiéter le maire de Saint-Mathieu-de-Rioux, Roger Martin. Il estime que la MRC manque de proactivité et de collaboration dans ce dossier. «On ne veut pas révolutionner la planète, on veut tout simplement s’occuper de nos cours d’eau, savoir ce qui se passe exactement dans ceux-ci.[…] La Municipalité a toujours voulu faire partie de la solution depuis le tout début».

    À la fin de son allocution, il a demandé la réalisation d’une étude d’ingénierie par une firme externe pour vérifier la capacité résiduelle et l’état de l’usine, car un déversement est survenu à l’été 2023, puis les améliorations qui pourraient y être apportées, notamment dans le traitement du phosphore, de nitrite/nitrate et d’azote ammoniacal.

    Les élus autour de la table ont été surpris de constater une mésentente entre une municipalité et la MRC. «Il y a deux choses que je trouve désolantes ce soir : d’entendre dire que les eaux du lac Saint-Mathieu sont compromises, c’est quelque chose qu’on ne peut pas laisser passer sans s’inquiéter, sans vérifier […] et de voir qu’il y a un différend, un litige entre une municipalité et la MRC, puis que ça doit venir à la table, ici, en séance publique pour s’expliquer, nous mettre au courant et que ça se règle. Il me semble que ça ne devrait pas se passer comme ça», a réagi le maire de Saint-Simon-de-Rimouski, Denis Marcoux. 

    Il a proposé la composition d’un comité formé de trois maires hors du conflit pour s’informer sur le problème, réaliser une étude indépendante et suivre les recommandations qui en découleraient. Cette solution a été adoptée à l’unanimité. Le groupe est composé de Gabriel Belzile, maire de Saint-Clément, Simon Lavoie, maire de Sainte-Françoise et de M. Marcoux.

    «Si, depuis 2019, on avait eu de l’écoute de la part de la MRC plutôt que toutes les fois qu’on en parle, de détourner le problème […] on ne serait pas ici aujourd’hui, je vous le garantis», a soutenu Roger Martin. Il considère que la MRC doit prendre ses responsabilités pour que les rejets de l’usine soient moins nocifs pour le lac.

    Les citoyens dans l’assistance ont aussi partagé leurs préoccupations. «Les normes pour vos rejets, c’est une chose, mais il y a un seuil à ne pas dépasser pour permettre que le lac ne vieillisse pas de façon prématurée», a souligné une participante.

    LE PRÉFET RÉAGIT

    En entrevue après la séance, le préfet des Basques, Bertin Denis, a reconnu que la MRC «flottait sur un nuage de bonne conscience» puisqu’elle respectait les exigences du ministère. «Mais, le lac demande mieux que ça encore. Et on travaille là-dessus».

    Du même souffle, il n’a pas caché son exaspération devant la sortie publique du maire de Saint-Mathieu-de-Rioux : «Le maire de Saint-Mathieu est venu nous faire un gros show devant son public. Il nous accuse à mots peu voilés [de négligence]», a-t-il signifié, en réitérant la volonté de son équipe à améliorer la situation de l’usine pour protéger le lac. La MRC œuvre au dossier depuis l’automne.

    «On est prêt à aller plus loin, mais on veut des partenaires […] pour nous aider à payer ça […] Ils font juste la belle-mère, ils font juste rouspéter», a dit M. Denis, en ajoutant que lorsqu’il est temps de passer aux actes, personne ne répond présent. 

    Il croit que le recours à une firme externe est inutile : «Sauf que si ça permet de rassurer la population, moi j’y vais». Le maire de Sainte-Françoise croit que la MRC a les moyens de payer pour sauver un lac de cette importance. 

    Présentement, le préfet assure que l’usine, équipée par Premier Tech, traite le phosphore à l’alun. Elle n’est toutefois pas équipée d’appareils spécialisés en déphosphatation ou en dénitrification, des options tertiaires proposées par l’entreprise louperivoise.

    Marie-Pier Gélinas, présidente du conseil d’administration de l’Association pour la protection du lac Saint-Mathieu, a demandé plus de transparence aux élus quant aux démarches effectuées concernant l’usine. Elle a confié à Info Dimanche être rassurée : «Je trouve que c’est positif que la MRC soit en mode solution». L’Association désire que le tout soit réglé le plus rapidement possible afin d’éliminer les apports en nitrites, phosphore et azote ammoniacal de l’usine vers le lac avant la prochaine saison estivale. 



     

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