Les dernières notes d’Oliver Jones
Le pas lent, mais déterminé, Oliver Jones fait son entrée sur la scène du Centre culturel Berger. La foule fait silence, il la remercie, lui adresse un court mot au micro. Il s’installe, les premières notes résonnent, la magie opère.
À 82 ans, Oliver Jones est au crépuscule de sa carrière musicale, et il en est bien conscient. «Après celui-ci, il me reste exactement 23 concerts. Je suis tellement surpris. J’ai toujours pensé que j’étais rendu trop vieux, ma musique est ancienne, mais non, les gens sont toujours au rendez-vous», raconte le grand homme de jazz.
Après plus de 70 ans passés sous le feu des projecteurs, il ne ressent plus de nervosité lorsqu’il entre en scène, sauf lors d’occasions bien spéciales.
«Quand je fais des concerts avec orchestre, ce sont des arrangements que je ne connais pas. Je prends le temps de regarder ça comme il faut. Cette année, j’ai joué ‘’Rhapsody in Blue’’ de Gershwin avec un orchestre. J’étais obligé de vraiment prendre mon temps et réapprendre la pièce. J’avais 27-28 ans quand je l’ai jouée pour la première fois. J’étais content de la faire avant ma retraite. C’est une pièce que j’aime beaucoup, ça a bien été et j’en suis fier. J’aime bien les cordes, quand je les entends derrière moi, c’est comme quelqu’un qui vient me couvrir avec une couverture.»
À 82 ans, ce n’est pas l’envie de faire des spectacles qui manque, mais plutôt l’énergie. Il est temps pour lui de prendre une retraite bien méritée. Le piano est devenu, par la force des années, rien de moins qu’une extension du corps et de l’esprit d’Oliver Jones. «Quand j’étais jeune, je n’avais pas confiance en moi, la seule place où je me sentais bien, c’était derrière un piano. Ça a duré longtemps. Ça a changé vers 22 ou 23 ans, quand j’étais à Porto Rico. C’est là que j’ai appris à parler aux gens. Maintenant, c’est le temps pour moi de parler pour nos musiciens.» Il souhaite cependant rester actif et redonner aux jeunes musiciens du Canada. Oliver Jones croit fermement aux talents artistiques d’ici et désire les encourager, leur donner la même chance qu’il a eue lorsqu’il s’est lancé dans le jazz.
D’abord formé en musique classique, Oliver Jones a bifurqué vers le jazz que pendant les années 1980. Voué à une carrière internationale, le musicien de jazz estime avoir fait le tour du monde 7 à 8 fois, guidé par la musique. Il a pris sa retraite en 2000, mais a vu une opportunité qu’il n’a pas pu refuser en 2004, une prestation avec son mentor de toujours, Oscar Peterson, au Festival de jazz de Montréal. Depuis, il ne cesse de se produire en spectacle pour divers évènements triés sur le volet. Il a cependant annoncé en janvier 2016 qu’il s’agissait de sa dernière tournée et année derrière un piano.
Avant de quitter Rivière-du-Loup, il y a laissé sa signature sur le piano à queue du Centre culturel Berger, un autographe intemporel, à l’image de son œuvre.
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