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Le territoire sous influence de Boisbouscache mis en lumière par un documentaire

durée 7 mai 2022 | 06h53
  • Andréanne Lebel
    Par Andréanne Lebel

    journaliste

    Pendant quatre ans de 2017 à 2021, le réalisateur Jean-Claude Coulbois a marché de long en large sur le territoire non-organisé Lac-Boisbouscache, avec sa caméra. Son documentaire «Boisbouscache, territoire sous influence» s’intéresse à cette forêt publique de 150 kilomètres carrés disputée entre les membres du club de chasse et de pêche privé Appalaches, les citoyens de la région, la MRC des Basques et la Première Nation Wolastoqiyik Wahsipekuk.

    «J’ai vécu là une dizaine d’années il y a longtemps et j’étais pas loin de l’entrée du Club Appalaches, donc j’en avais entendu parler par différentes personnes. Je voyais ce qui se passait et t’approchais pas, ils faisaient régner la terreur», explique le réalisateur Jean-Claude Coulbois. À travers les témoignages de résidents, utilisateurs, citoyens et politiciens, il brosse le portrait de ce territoire disputé par plusieurs groupes aux intérêts divergents. On peut y entendre notamment le préfet de la MRC des Basques Bertin Denis.

    «Les orignaux, les truites, les ours, nous passent dans la face. On peut juste aller se baigner et ramasser des framboises. Encore là, tu te fais intercepter par les gardiens du club qui vérifient si tu as une canne à pêche ou des armes de chasse […] Je trouve que c’est un scandale créé dans les années 1950», explique M. Denis.

    DES RACINES PROFONDES

    Le Club Appalaches a été fondé en 1910. Après avoir fait l’objet de plusieurs transactions, le territoire est passé aux mains du gouvernement du Québec en 1956, en échange de concessions forestières dans la région du Saguenay. Le contrat d’échange conclu avec D’Auteuil Lumber indique que les droits de chasse et pêche exclusifs avaient été vendus un an auparavant au Club Appalaches par Raymond Garneau dans un acte de vente notarié. D’autres jugements subséquents confirment au Club Appalaches, qui compte maintenant une centaine de membres, «des droits réels, exclusifs et perpétuels de chasse et de pêche.» Différentes instances judiciaires ont ensuite tranché en faveur du club privé, jusqu’en Cour d’appel. Il lui est interdit par la loi de restreindre l’accès au territoire public avec l’aide de barrières ou de qui que ce soit destiné à entraver une voie d’accès. Ce dossier ne s’est jamais rendu devant la Cour suprême.

    «Il reste que même si c’est quelque chose de légal, confirmé en droit, c’est totalement injuste pour la population des Basques. C’est une appropriation et l’usurper de son territoire par des privilèges. C’est totalement immoral et injuste», estime le préfet de la MRC des Basques. Bertin Denis demande que le gouvernement du Québec répare lui-même l’erreur qu’il a commise en acceptant la séparation des droits de chasse et pêche du droit foncier dans les années 1950.

    «Le club privé de chasse et pêche ne communique que par confidentialité. On se croit revenu au Moyen-Âge ou au temps de la Nouvelle-France. Ça paraît incroyable aujourd’hui. Il me semble qu’on est dans une époque loin d’être parfaite, mais les gens ont besoin de transparence et d’imputabilité», indique Jean-Claude Coulbois. À noter que le Club Appalaches n’a pas participé au documentaire en raison de sa demande de confidentialité et de droit de regard. De leur côté, les membres de la Première Nation Wolastoqiyik Wahsipekuk réclament l’accès à leur territoire ancestral pour pratiquer leurs activités de chasse et de pêche et ils désirent s’impliquer dans sa gestion. Rejoint par Info Dimanche le 3 mai, le président du Club Appalaches, Pierre Belzile, a voulu visionner le documentaire avant de faire tout commentaire sur la place publique.

    UNE PREMIÈRE DANS LA RÉGION

    «Ce qui est beau en documentaire, c’est que tu découvres le film en le faisant. Le sujet du film ce n’est pas une idée, c’est un chemin […] Je crois qu’au Québec, la réalité dépasse toujours la fiction», ajoute le réalisateur Jean-Claude Coulbois.

    L’ex-notaire de Trois-Pistoles, Jean-Jacques Viens, l’ex-maire de Saint-Médard Louis-Philippe Sirois, le préfet de la MRC de Rivière-du-Loup, Michel Lagacé, l’ancien conseiller auprès du Grand Chef Jacques Tremblay, Claude Brière, apparaissent notamment dans le documentaire.

    Bien que le film ait été présenté en avant-première au Rendez-vous Québec cinéma à Montréal le 22 avril, pour M. Coulbois, la vraie première aura lieu à Saint-Médard au mois de juin. «J’espère que les quatre projections dans la MRC des Basques et Rimouski vont conscientiser les gens, les intéresser et qu’ils vont apprendre des choses», souligne-t-il. Dans la présentation de son film, le réalisateur indique que «l’histoire du territoire Boisbouscache révèle un état de droit qui fonctionnerait de façon aléatoire plus souvent en faveur d’intérêts privés que pour le bien commun».

    Boisbouscache est aussi occupé par de nombreuses éoliennes faisant partie du projet d’envergure Nicolas-Riou, une alliance entre le partenaire privé EDF Renewables Canada (50%), la Régie intermunicipale de l’énergie du Bas-Saint-Laurent (33,33%), société détenue par les MRC du Bas-Saint-Laurent ainsi que la Première Nation Malécite de Viger et la Régie intermunicipale de l’Énergie – Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine (16,67%). Il représente un investissement d’environ 500 M$ pour 65 éoliennes construites sur les terres du TNO Lac-Boisbouscache, de Sainte-Françoise, Saint-Mathieu-de-Rioux, Saint-Médard, et Saint-Eugène-de-Ladrière.

    PROJECTIONS

    Le documentaire Boisbouscache sera projeté gratuitement en présence du réalisateur Jean-Claude Coulbois et du préfet de la MRC des Basques Bertin Denis le 14 juin à 19 h 30 au cinéma Paraloeil de Rimouski, le 15 juin à 19 h à la salle communautaire de Saint-Médard, le 16 juin à 19 h à la salle communautaire de Saint-Mathieu-de-Rioux et le 17 juin à 19 h à l’auditorium de l’École secondaire de Trois-Pistoles. En participant à ces rencontres, le préfet Bertin Denis veut que le sujet revienne dans l’actualité et que des échanges aient lieu. «On devrait s’approprier ce territoire-là, c’est un territoire public à l’intérieur de nos limites territoriales. C’est chez nous, ce n’est pas à une gang de fortunés de Sherbrooke», conclut-t-il. Des assemblées citoyennes seront tenues à la suite de chacune des projections afin de susciter des discussions.

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